Ariane, une première campagne, un premier bilan?
Sur le terrain, quand je suis avec les gens, et qu’on parle des réalisations, de leurs préoccupations ou des projets, les choses se passent très bien. Certes il y a eu les affaires. Mais dès qu’on va au fond des choses, les gens se rendent vite compte de l’importance de prôner des valeurs sociales.
Le plus frappant est sans doute l’indifférence. Là il y a vraiment beaucoup à faire pour intéresser les gens.
Quoi, par exemple?
Quand je vois sur un marché dix candidats qui se suivent à la queue leu leu, je me dis qu’il faudrait y aller en dehors des périodes électorales, quelques fois par an dans tous les quartiers de la ville (moi je fais les marchés dans mon quartier seulement). Et cela se fait très peu.
Mais ce qui est important avant tout, c’est de parler aux gens de son quartier, de leur vie quotidienne, de leurs envies. J’avoue que je connais beaucoup de monde dans mon quartier parce que, pour moi, c’est ça habiter en ville : avoir des contacts avec son boucher, son fromager, son boulanger ,son fleuriste, son pharmacien, les vendeuses de magasin de fringues, les serveurs des cafés, les voisins, les jeunes qui jouent au basket, les touristes égarés, les enfants jouant au ballon sur les places, les vieux papys buvant leur thé à la menthe aux terrasses des cafés, …
On sait, par le blog, que vous aimez beaucoup Charles Picqué. Et Philippe Moureaux?
Je l’aime beaucoup, puisqu’il adore mon tract (rires). Charles Picqué aussi l’a aimé. Ce qui montre bien que, contrairement à la légende, ils sont parfois d’accord (rires)! Ils représentent des tendances qui sont complémentaires. C’est grâce à cette complémentarité que les socialistes ont assuré une telle continuité à la Région, et assuré la stabilité de celle-ci.
Évidemment, un jour viendra où ils ne seront plus dans leurs fonctions actuelles. Ce sera un grand vide. Si on aborde cette situation sans effroi et avec imagination, en faisant confiance notamment aux nombreux 30/40 ans de qualité, le PS aura toujours un bel avenir.
Les auteurs d’une étude sur le Plan de Développement International1 estiment que ce plan est d’inspiration néo-libérale?
Ça, c’est du registre de la polémique et non de l’analyse.
Le PDI s’inscrit dans l’histoire de la Région. En 20 ans, nous avons marqué une rupture avec le libéralisme du laisser-faire, libéralisme qui n’a considéré la ville que comme un produit sans se soucier de ses habitants.
Pour les auteurs de l’étude, « une ville n’est pas une entreprise ».Vous ne seriez, avec le PDI, que préoccupés par l’attractivité des capitaux, de main-d’œuvre qualifiée et de consommateurs?
Il existe encore dans l’imaginaire ces vieux rêves de ville à la campagne et de société sans argent.
Une ville sans économie est une ville qui meurt.
Une ville écrasée par l’économie est une ville qui méprise ses habitants.
C’est la synthèse de l’économique et du social qui est l’enjeu premier de la ville. Avec le social comme priorité, à savoir les conditions de vie, la dignité des citoyens, l’accès aux services de proximité…
Brader cela et c’est la ville s’effondre.
On oublie un peu vite que Bruxelles a connu une catastrophe industrielle. Elle était en 1960 le premier pôle industriel du pays en termes d’emploi. Aujourd’hui ce secteur s’est réduit telle une peau de chagrin. La dimension internationale a été une chance pour Bruxelles et reste une garantie pour son avenir.
C’est le PDI qui va créer des crèches, de l’emploi et du logement social?
On a créé plus de trois mille places de crèches sous cette législature. On n’a jamais investi autant dans le logement que ces dernières années. Et les besoins de la ville sont énormes, d’autant que nous allons assister à une forte progression démographique, alors que comme on le sait le financement est insuffisant.
Le développement économique de la Région doit se fonder sur son atout premier qui est son rayonnement international.
Une des priorités dans le PDI est un grand centre de congrès sur le plateau du Heysel. Pourquoi? Tout simplement parce que Bruxelles est LA ville du tourisme d’affaires en Belgique et en Europe. Il faut renforcer cette opportunité pour développer un secteur ouvert à des emplois moins qualifiés.
Si Bruxelles perd en importance internationale, ce sont des secteurs économiques entiers de Bruxelles qui s’effondrent. La situation que nous déplorons aujourd’hui sur le plan de la paupérisation deviendra alors plus inquiétante encore.
PDI=grands travaux=restructuration des quartiers=gentrification?
Il ne suffit pas de se promener dans une rue rénovée avec trois boutiques à la mode pour parler de gentrification de la ville. Moi je fais mes courses au GB des Halles, à deux pas du quartier Dansaert. Je peux vous dire que les chalands de ce magasin sont loin d’être des bobos.
En matière de rénovation urbaine, il faut porter son regard un peu plus loin, vers des quartiers où la politique de revitalisation a permis de contrer un sous-investissement dramatique, et d’améliorer les conditions de vie des habitants. Et encore trop de ces quartiers sont aujourd’hui « dans le rouge » en termes de chômage et de pouvoir d’achat-loin très loin d’une quelconque gentrification- mais l’amélioration de l’habitat, des espaces publics, des services de proximité constituent la seule voie permettant de lutter contre l’apartheid urbain qui est la gangrène des villes.
Le développement des zones-leviers du PDI est accompagné par des investissements dans les quartiers à proximité. Des Contrats de quartiers ont été lancés autour de Tour et Taxis, de la Gare de l’Ouest, de la Gare du Midi, du Quartier européen et de la Cité administrative pour construire entre autre des logements assimilés au logement social et développer des projets d’insertion socio-professionnelle. Des périmètres de préemption ont été lancés pour endiguer la spéculation immobilière.
Le PDI serait « la valorisation des réserves foncières par des projets immobiliers spéculatifs ». Le grand retour des années 60, en somme?
Ce propos est choquant, au-delà même de la méconnaissance, pour des scientifiques, de l’histoire et de la réalité régionales.
Une des grandes avancées de la Région a été de cadrer l’aménagement du territoire.
Les schémas directeurs, les PPAS, la participation des habitants autour du développement de ces zones permettront d’assurer que la plus value urbanistique et immobilière ne soit pas « spéculative ».
Le fait que la majorité des zones soient sous le contrôle du public est une garantie de la finalité du développement.
La collaboration avec le privé pour financer les projets et prendre les risques nécessaires est justifiée par le fait qu’il n’est pas dans la vocation des pouvoirs publics de devenir promoteurs ou entrepreneurs, outre que les finances régionales ne permettent pas d’assumer l’ensemble des grands travaux.
Le mot de la fin
Grâce à la campagne, j’ai eu la confirmation que j’ai les meilleurs amis du monde, tous brillants, chacun me soutenant à sa manière avec un engouement qui m’a beaucoup touchée.
Mille mercis à Zezette, Raph, Vincent, Jaku, Luc, Eric P, Fred, Ilhame, Pierre, Véro qui ont fait de ma campagne une succession de moments insolites, émouvants, drôles, passionnants et passionnés.
Merci aussi à Léon, Noé, Laurence, Thomas et Marie pour les chouettes rencontres qu’ils ont organisées avec leurs amis.
Et merci à mon amoureux qui a supporté stoïquement mes angoisses de candidate débutante.
1Jean-Michel Decroly et Mathieu Van Criekingen, Le Plan de Développement International de Bruxelles (PDI) . Promesses de développements immobiliers et d’inégalités croissantes ?
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